La recherche de l’élémentaire fait régulièrement apparaître de nouvelles complexités, ramenant inlassablement la quête de l’élémentarité à un doux rêve inaccessible. La structure ultime de la matière illustre parfaitement cette dualité entre élémentaire et complexe. Les neutrinos, d’abord imaginés comme des objets très élémentaires, se révèlent, au fil d’expériences de plus en plus gigantesques et sophistiquées, dotés de propriétés insoupçonnées. On sait maintenant que leurs masses sont non nulles, sans avoir pu toutefois les mesurer. Ils se transforment d’une variété à une autre, et se révèlent comme des « superpositions d’états quantiques » : adieu l’élémentarité ! Les nucléons qui composent les noyaux ont abandonné leur prétention à l’élémentarité dans les années 1960. Ils ont une structure, qui ne peut être décrite que par des outils statistiques délicats à déterminer : ils contiennent des quarks, des gluons, et chacun de ces sous-constituants porte une partie des caractéristiques globales des nucléons. Les expériences montrent que cette répartition est surprenante, et qu’elle défie souvent l’intuition, conduisant les chercheurs à en imaginer de nouvelles pour mieux connaître, et donc mieux comprendre, cette physique dite hadronique. Les particules élémentaires, briques ultimes de la matière, et leurs interactions, qui en constituent le mortier, sont maintenant assez bien décrits par le « modèle standard » de cette physique. Mais les nombreux paramètres libres de ce modèle demandent à être mesurés ou affinés, et en premier lieu l’existence et la masse du boson de Higgs. La réponse viendra sans doute du LHC. La physique de l’infiniment petit a toujours été un des axes de recherche du Dapnia. Il y joue un rôle de premier plan, par sa participation scientifique et technique à de nombreuses collaborations internationales. Cette recherche produit de la connaissance pure, mais déjà des applications sont envisagées : par exemple les neutrinos pourraient servir au contrôle de la non-prolifération nucléaire, et commencent à être utilisés comme moyen de sonder l’Univers.